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dimanche 11 octobre 2026
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Les Mardis de Nk- Quand la politique redevient un service

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Les Mardis de Nk- Quand la politique redevient un service

De la conquête du pouvoir à la culture du résultat : le défi de la Grande Côte d’Ivoire

Le temps de juger la politique à ce qu’elle change
Sous nos tropiques, la politique porte encore un étrange paradoxe : elle passionne souvent davantage lorsqu’il s’agit de conquérir le pouvoir que lorsqu’il faut mesurer ce que le pouvoir accomplit. Les campagnes soulèvent les foules, les slogans occupent l’espace public, les alliances se font et se défont, les ambitions se croisent, les stratégies se commentent. Mais, derrière cette effervescence, une question devrait toujours finir par reprendre ses droits : qu’est-ce qui, concrètement, a changé dans la vie du citoyen ?
Car la politique n’est pas d’abord l’art de promettre. Elle est l’obligation de transformer.
À soixante-six ans d’indépendance, la Côte d’Ivoire peut regarder avec reconnaissance le chemin parcouru. Sous l’impulsion du Président de la République, Alassane OUATTARA, et grâce à l’action du Gouvernement, le pays a connu d’importantes transformations : modernisation des infrastructures, développement des équipements collectifs, amélioration de l’attractivité économique, investissements publics et réformes destinées à soutenir le développement national.
Ces acquis méritent d’être reconnus. Mais reconnaître n’interdit pas d’interroger ; remercier n’interdit pas d’exiger davantage. La maturité politique commence précisément lorsque l’on sait saluer ce qui a été accompli tout en regardant lucidement ce qui reste à accomplir.
Après le temps des grands chantiers vient donc une exigence supplémentaire : faire en sorte que leurs bénéfices atteignent plus largement encore les populations, réduisent les disparités entre territoires et deviennent une amélioration perceptible de la vie quotidienne.
De la réalisation à l’impact : la politique de la preuve
Une école construite est une réalisation. Une école dans laquelle l’enfant apprend mieux est un résultat.
Un hôpital inauguré est une réalisation. Un malade accueilli dignement, soigné à temps et à un coût accessible est un résultat.
Une route ouverte est une réalisation. Un agriculteur qui transporte plus facilement sa production, un village désenclavé, une famille rapprochée d’un centre de santé ou d’un marché : voilà l’impact.
Un programme d’emploi lancé est une politique publique. Un jeune qui, deux ans plus tard, vit dignement de son travail en constitue la preuve.
Cette distinction devrait devenir centrale dans notre culture politique. La réalisation se photographie ; l’impact se vit.
Le prochain seuil de la Grande Côte d’Ivoire sera précisément celui-là : transformer davantage la performance nationale en progrès vécu, la croissance en mieux-être, l’investissement en opportunités et la modernisation du pays en amélioration tangible du quotidien.
Le développement doit parvenir jusqu’au dernier kilomètre, au village éloigné, au quartier périphérique, à l’agriculteur, à l’artisan, au jeune diplômé, à la femme entrepreneure, au malade, à l’enfant qui entre à l’école. Aucun territoire ne devrait se croire condamné à regarder de loin le train du progrès.
Faire, mesurer, corriger, rendre compte
Une culture nouvelle de l’action publique pourrait tenir en quatre verbes : faire, mesurer, corriger, rendre compte.
Faire, parce qu’une promesse politique n’acquiert sa valeur que lorsqu’elle devient réalité.
Mesurer, parce que l’argent public doit produire des résultats identifiables.
Corriger, parce qu’aucune politique publique n’est parfaite et qu’admettre une insuffisance pour y remédier constitue une preuve de responsabilité, non un aveu de faiblesse.
Rendre compte, enfin, parce que gouverner consiste à administrer temporairement des responsabilités et des ressources confiées par la collectivité.
Imaginons un programme annonçant dix mille emplois. Le lancement peut légitimement être présenté au public. Mais l’essentiel commence après : combien de personnes ont réellement été formées ? Combien ont obtenu un emploi ? Combien l’occupent encore un an plus tard ? À quel coût ? Dans quelles régions ? Quels publics sont restés en marge ? Qu’est-ce qui doit être corrigé ?
Lorsque ces questions deviennent ordinaires, la reddition des comptes cesse d’être une contrainte : elle devient une méthode de gouvernement.
On passe alors de la politique de l’annonce à la politique de la preuve.
Le pouvoir est une charge, jamais une propriété
Nos traditions africaines offrent ici une métaphore éclairante. Sous l’arbre à palabres, le chef occupait une place éminente ; il ne devenait pas pour autant propriétaire de l’arbre. Celui-ci appartenait symboliquement à la communauté et survivait à ceux qui s’asseyaient sous son ombre.
Ainsi devrait être comprise la République.
Le maire ne possède pas sa commune. Le ministre ne possède pas son ministère. Le parlementaire ne possède pas ses électeurs. Le fonctionnaire ne possède pas l’administration. Chacun reçoit, pour un temps, une parcelle de responsabilité sur quelque chose qui le dépasse.
Le pouvoir est donc moins une possession qu’un dépôt. Et tout dépôt appelle restitution ; toute délégation appelle reddition.
Gouverner, ce n’est pas posséder l’État. C’est en assurer momentanément la garde et préparer ce que l’on transmettra à ceux qui viendront ensuite.
Pouvoir et opposition : servir le même pays autrement
Cette culture politique concerne aussi la qualité de notre démocratie.
Une République a besoin d’un pouvoir capable de gouverner et d’une opposition capable de contrôler, de critiquer et de proposer. Elle s’affaiblit lorsque toute critique est regardée comme une hostilité ; elle se fragilise également lorsque toute difficulté nationale devient un prétexte pour souhaiter l’échec de ceux qui gouvernent.
On peut combattre une politique sans combattre son pays. On peut soutenir un gouvernement sans transformer ses contradicteurs en ennemis de la Nation. On peut gagner sans humilier. On doit pouvoir perdre sans souhaiter que la République perde avec soi.
Nos adversaires politiques d’aujourd’hui restent nos compatriotes de demain.
Cette vérité est particulièrement précieuse dans une société où les appartenances politiques peuvent parfois croiser les identités régionales, communautaires, religieuses ou générationnelles. La République doit toujours demeurer plus grande que les camps.
Le citoyen n’est pas spectateur de la République
Mais demander davantage aux gouvernants suppose également d’exiger davantage de nous-mêmes.
Nous ne pouvons dénoncer la corruption tout en recherchant le raccourci lorsqu’une procédure nous dérange. Réclamer le mérite puis solliciter une faveur pour contourner la règle. Exiger l’exemplarité au sommet tout en tolérant les petits arrangements à la base.
La République est aussi le miroir de nos comportements.
Le citoyen adulte vérifie avant de partager, débat sans haïr, protège le bien public, respecte la règle, demande des comptes sans injurier et apprend à choisir moins selon le vacarme des slogans que selon la compétence, l’intégrité, le programme et les résultats.
Une démocratie franchit un cap lorsqu’à la question « Qui parle le mieux ? » le citoyen ajoute : « Qui a fait quoi, avec quels moyens, pour quels résultats et au bénéfice de qui ? »
Le mérite, cette promesse que la République doit tenir
Parmi tous les chantiers, celui du mérite demeure décisif.
Lorsqu’un jeune commence à penser qu’il vaut mieux connaître quelqu’un que savoir faire quelque chose, ce n’est pas seulement une compétence que le pays risque de perdre : c’est une parcelle d’espérance nationale.
L’école doit pouvoir dire : travaille.
L’administration : sois compétent.
L’entreprise : innove.
La République : ton effort comptera.
Lorsque cette chaîne fonctionne, les talents se révèlent, l’entrepreneuriat s’enhardit, les compétences restent, l’administration gagne en efficacité et la confiance grandit. Le mérite n’est donc pas seulement une vertu morale : il est une politique de développement.
Faire de chaque responsabilité un héritage
Construire la Grande Côte d’Ivoire ne consistera donc pas seulement à multiplier les ponts, les routes, les universités, les hôpitaux et les investissements. Il faudra également élever notre manière d’exercer le pouvoir, de pratiquer l’opposition, d’administrer l’État, d’informer et de vivre la citoyenneté.
Aux gouvernants : agir, écouter, évaluer et rendre compte.
À l’opposition : contrôler, critiquer et proposer sans fracturer.
À l’administration : servir avec impartialité, compétence et respect de l’usager.
Aux médias : éclairer davantage qu’exciter.
Aux citoyens : juger les faits avant les slogans.
À la jeunesse : refuser que la politique devienne une école du cynisme.
Nos anciens auraient peut-être résumé toute cette philosophie d'une image : on ne reconnaît pas le bon porteur de calebasse au bruit de ses pas sur le chemin, mais à l’eau qu’il rapporte au village.
Il devrait en aller ainsi de la politique.
Moins juger à l’annonce. Davantage regarder l’accomplissement. Moins mesurer la puissance à la fonction occupée. Davantage l’évaluer à l’héritage laissé.
Car la Grande Côte d’Ivoire commencera pleinement lorsque le pouvoir sera compris moins comme un sommet à conquérir que comme une charge à honorer ; lorsque la croissance atteindra davantage les territoires et les foyers ; lorsque la contradiction politique n’effacera jamais la fraternité nationale ; lorsque le mérite redeviendra une promesse crédible faite à chaque enfant.
Alors, la politique retrouvera peut-être sa plus belle définition : servir aujourd’hui de telle manière qu’après notre passage demeurent une école qui instruit mieux, une justice qui rassure davantage, une administration qui respecte davantage, une économie qui ouvre plus de portes et une République plus fraternelle que celle que nous avions reçue.
Car les fonctions passent, les slogans vieillissent et les applaudissements s’éteignent. Seul demeure ce qu’un pouvoir aura réellement changé dans la vie des hommes.
Par Norbert KOBENAN

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