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mercredi 19 août 2026
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La République que les anciens espèrent encore - Quand la parole se retire pour laisser place à la conscience

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La République que les anciens espèrent encore - Quand la parole se retire pour laisser place à la conscience

Et lorsque les anciens eurent achevé de parler, un long silence descendit sur l’assemblée.
Ce n’était pas le silence de l’oubli, ni celui de la résignation. C’était un silence plus profond, plus rare, plus exigeant : celui qui suit les paroles capables de survivre à ceux qui les prononcent. Car la sagesse véritable ne cherche jamais à couvrir le bruit du monde. Elle cherche un refuge plus durable : la conscience des hommes.
Alors l’un des anciens se leva. Son visage portait la gravité de ceux qui ont vu passer plusieurs saisons de l’Histoire. Il regarda la terre, puis les visages, et dit :
« Côte d’Ivoire, terre de promesses et d’espérance, souviens-toi que les Nations ne meurent pas faute de richesses. Elles déclinent lorsqu’elles cessent de croire en leurs valeurs. »
Cette parole, simple en apparence, contenait une vérité immense.
Depuis soixante-six ans, notre pays a traversé des aurores et des nuits. Il a connu l’enthousiasme des commencements, la ferveur des bâtisseurs, l’épreuve des fractures, la douleur des divisions, la patience de la reconstruction et la joie du renouveau. Chaque époque a laissé son empreinte. Chaque crise a porté une leçon. Chaque victoire a imposé un devoir.
L’Histoire n’est pas seulement ce que les peuples ont vécu. Elle est ce qu’ils choisissent de retenir de ce qu’ils ont vécu.
Ne jamais laisser les blessures gouverner l’avenir
Une Nation mûrit lorsqu’elle cesse de nier ses blessures, mais refuse de leur abandonner son avenir.
La Côte d’Ivoire ne doit jamais permettre que les ombres d’hier confisquent la lumière de demain. Le passé doit instruire, non emprisonner. Il doit éclairer les consciences, non nourrir les rancœurs.
La mémoire nationale n’a de grandeur que lorsqu’elle devient une école de paix.
Il faut donc se souvenir sans haïr, corriger sans humilier, pardonner sans oublier les leçons, et avancer sans reproduire les fautes anciennes. Une République véritablement forte n’est pas celle qui prétend n’avoir jamais connu de blessures. C’est celle qui transforme ses cicatrices en sagesse collective.
Le temps est venu de comprendre que la paix ne consiste pas seulement en l’absence de conflit. Elle est la qualité du lien entre les citoyens. Elle est la confiance dans les institutions. Elle est la certitude que chacun compte, que nul n’est condamné par son origine, son appartenance ou sa condition.
Le pouvoir passe, le service demeure
Que la politique reste un service avant de devenir une conquête.
Cette exigence devrait être inscrite au fronton de toutes les institutions. Car le pouvoir n’est jamais une propriété. Il est une charge provisoire confiée à ceux que l’Histoire place, pour un temps, au sommet des responsabilités.
À vous, dirigeants d’aujourd’hui et de demain, souvenez-vous que les peuples oublient souvent les discours, mais qu’ils gardent longtemps la mémoire des décisions justes. Gouvernez avec la fermeté de ceux qui savent protéger l’intérêt général, mais aussi avec l’humilité de ceux qui savent qu’ils ne sont que des passeurs.
L’autorité véritable ne se mesure pas à la peur qu’elle inspire, mais à la confiance qu’elle suscite.
Une grande République n’attend pas de ses dirigeants qu’ils soient infaillibles. Elle leur demande d’être responsables, courageux, lucides, capables d’écouter et assez grands pour corriger leurs propres erreurs.
Le pouvoir passe. Le service demeure. Les fonctions s’effacent. L’exemple reste.

L’économie n’a de grandeur que lorsqu’elle élève l’homme
Que l’économie demeure un moyen de créer la dignité avant de devenir un instrument d’accumulation.
Une Nation ne peut se satisfaire de chiffres brillants si une part de sa population demeure au bord du chemin. Le progrès ne prend tout son sens que lorsqu’il devient visible dans la vie quotidienne : dans l’école accessible, dans le soin disponible, dans l’emploi digne, dans le revenu sécurisé, dans la route qui désenclave, dans l’électricité qui éclaire, dans l’eau qui protège la santé et dans l’administration qui respecte le citoyen.
La croissance sans justice peut enrichir un pays tout en appauvrissant son âme.
La Grande Côte d’Ivoire ne sera donc pas uniquement celle des autoroutes, des ports, des immeubles et des performances économiques. Elle sera celle où un enfant, quel que soit son village, pourra croire sans naïveté en son avenir ; où une femme trouvera dans son travail la reconnaissance de son mérite ; où un jeune pourra entreprendre sans être condamné d’avance par l’absence de relations ; où un ancien sera honoré pour sa sagesse ; où le bien public sera protégé comme un patrimoine sacré.
Le développement devient véritable lorsqu’il cesse d’être une abstraction et devient une expérience vécue.
Des racines profondes pour des branches hautes
Les anciens aiment rappeler qu’« un arbre ne choisit pas ses racines, mais il choisit la direction de ses branches ».
Nos racines plongent dans une histoire riche de peuples, de langues, de royaumes, de traditions et de coutumes. Elles portent la mémoire des villages, la parole des chefs, la foi des familles, le respect des anciens, le sens de l’hospitalité et la valeur de la parole donnée.
Mais les racines ne doivent pas devenir des chaînes. Elles doivent nourrir l’élévation.
Les branches de la Côte d’Ivoire doivent désormais s’élancer vers la science, l’innovation, la justice, la solidarité, la culture, l’excellence et la paix. Une Nation n’honore pas ses traditions en les enfermant dans le passé. Elle les honore en les transformant en force pour l’avenir.
Le véritable défi est là : devenir moderne sans devenir amnésique, s’ouvrir au monde sans se perdre, progresser sans renier l’essentiel.

Chaque citoyen ajoute une pierre invisible à la République
Le destin d’une Nation ne se décide pas seulement dans les palais du pouvoir. Il se forge dans les classes, les tribunaux, les casernes, les hôpitaux, les champs, les ateliers, les bureaux, les marchés et les familles.
À vous, fonctionnaires, enseignants, magistrats, militaires, forces de sécurité, agriculteurs, ouvriers, artisans, entrepreneurs, artistes, chercheurs, chefs traditionnels, guides religieux et acteurs de la société civile : souvenez-vous que chaque acte accompli avec probité ajoute une pierre invisible à l’édifice national.
La République se construit autant par les grandes décisions que par les gestes ordinaires.
Un enseignant qui transmet avec conscience, un agent public qui refuse la corruption, un magistrat qui juge avec impartialité, un entrepreneur qui respecte ses engagements, un citoyen qui protège le bien commun : tous participent à la grandeur nationale.
Les institutions donnent une forme à la République. Les comportements lui donnent une âme.

Jeunesse ivoirienne : ne demande pas seulement l’avenir, façonne-le
À vous, jeunesse ivoirienne, l’Histoire ne demande pas d’attendre. Elle vous demande d’agir.
N’attendez pas que l’avenir vous soit offert. Façonnez-le. Refusez la facilité lorsque le travail est nécessaire. Refusez la haine lorsque le dialogue reste possible. Refusez la résignation lorsque l’espérance demeure vivante.
Les grandes révolutions ne commencent pas toujours dans la rue. Elles commencent souvent dans l’esprit d’une génération qui décide de devenir plus exigeante envers elle-même.
Le pays a besoin de votre énergie, mais aussi de votre discipline. Il a besoin de votre créativité, mais aussi de votre constance. Il a besoin de vos rêves, mais aussi de votre capacité à les transformer en projets, en entreprises, en inventions, en œuvres et en services utiles à la communauté.
L’Histoire ne demande pas à chaque génération d’être parfaite. Elle lui demande de transmettre un pays un peu meilleur que celui qu’elle a reçu.

Du développement à l’élévation
Voilà le véritable sens de ces soixante-six années.
Non pas célébrer le chemin parcouru avec suffisance, mais accueillir avec humilité la responsabilité du chemin qui demeure.
Non pas vivre de la gloire des bâtisseurs d’hier, mais devenir les bâtisseurs de demain.
Non pas seulement développer la Côte d’Ivoire, mais l’élever.
Une Nation devient véritablement grande lorsque chacun comprend que son destin personnel est lié au destin collectif. Aucun succès individuel n’est durable dans un pays qui s’affaiblit. Aucune prospérité privée ne peut longtemps survivre à la fragilité publique.
La République n’appartient ni à un gouvernement, ni à un parti, ni à une génération. Elle appartient à tous ceux qui acceptent d’en devenir les gardiens.

Ce que les générations futures devront pouvoir dire
Et lorsque viendra le centenaire de l’indépendance, puisse une génération nouvelle regarder notre époque sans amertume et dire :
« Ils ne nous ont pas seulement construit des routes ; ils nous ont ouvert des chemins d’espérance. Ils n’ont pas seulement bâti des ponts ; ils ont rapproché les cœurs. Ils n’ont pas seulement développé une économie ; ils ont élevé une conscience nationale. Ils nous ont transmis une République plus juste, plus fraternelle et plus forte qu’ils ne l’avaient reçue. »
Alors seulement, les anciens pourront reposer en paix.
Car leur plus grand héritage ne sera pas la terre laissée derrière eux, mais les valeurs qu’ils auront inspirées à ceux qui leur ont succédé.
Bonne fête de l’Indépendance, Côte d’Ivoire.
Que Dieu bénisse notre Nation. Qu’Il éclaire ses dirigeants, inspire sa jeunesse, fortifie ses institutions et fasse de notre diversité une source inépuisable d’unité, de paix et de prospérité.
À soixante-six ans, la Côte d’Ivoire n’a plus seulement rendez-vous avec son développement. Elle a rendez-vous avec sa grandeur.
Et la véritable grandeur d’une Nation commence toujours dans la conscience de son peuple.

Par Norbert KOBENAN

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