L'épopée du Goûter :
Souvenirs de la Cour de Récréation
La cour de récréation, pour nous, n’était pas un simple lieu de jeu, mais le théâtre d’une micro-société aux règles strictes, où la monnaie régnait en maître. C’était le lieu où se jouait notre quotidien, rythmé par les cliquetis des pièces et l'odeur du riz gras.
Les Rois de la Récré : Les Seigneurs des 100 FCFA
Débarquer à l’école avec une pièce de 100 FCFA, c’était le summum du prestige. On n’était plus un simple élève, mais un roi, un souverain de la gourmandise. Ces seigneurs avaient les moyens de s’offrir deux goûters, celui de la matinée et de l'après-midi, sans se soucier du coût.
Leur règne était synonyme d'opulence. Ils pouvaient s'offrir le riz gras de mamie, un délice qui vous donnait l’impression de flotter, ou le célèbre pain macaroni, un petit déjeuner que nous appelions déjeuner qui vous collait les doigts pour un plaisir prolongé. L’après-midi, ils s'offraient un yaourt glacé, le "grotto" qui fondait en bouche, ou un toffee, une douceur qui vous rendait accro. Ces enfants étaient nos modèles, et leurs goûters, des festins auxquels on rêvait de participer.
Les Stratèges des 25 FCFA : La Classe Moyenne
Les enfants de 25 FCFA étaient les fins stratèges de la cour. Chaque pièce était comptée, chaque choix, une décision vitale. L'objectif était de survivre jusqu'à midi.
La tactique la plus courante était l’attiéké à 10 FCFA et le poisson à 15 FCFA. Ce duo était la solution pour ceux qui voulaient un déjeuner savoureux et nutritif. Ces enfants nous ont appris la gestion d'un budget, l'art de faire durer le plaisir. On les admirait pour leur capacité à transformer une petite somme en un repas complet.
*Les Observateurs Silencieux : Les Sans-Ressources*
Et puis, il y avait ceux qui n’avaient rien. Notre seule ressource, c'était l'observation. Nous étions des spectateurs silencieux, observant les Rois et les Stratèges. Chaque matin était un calvaire, une épreuve de résistance face aux effluves qui se dégageaient des cuisines de mamie et tantie.
On rêvait de ces délices, de ces yaourts, de ces toffees, du pain macaroni, et on espérait qu’un "roi" nous accorderait un bout de son festin. Ces moments étaient une bénédiction, un instant de pure magie qui faisait oublier notre misère.
L’Anonymat de la Gentillesse : Mamies et Tanties
Les vendeuses, qu'on appelait "mamies" ou "tanties", étaient les reines de la cour de récré. Elles étaient les garantes du bonheur, celles qui nous servaient avec le sourire et une gentillesse inoubliable. Leurs noms importaient peu, car l’essentiel était le service, le geste qui nous faisait sentir bien.
La cour de récré, c’était bien plus qu'une simple cour. C’était une école de la vie, où on apprenait la survie, la gestion du budget, et surtout, la générosité, des valeurs que l'on n'oublie jamais.
El Hadj HAROUNA KOLOGO
Sénateur JCI
4ème Adjoint au Maire de Bouafle
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