En Côte d’Ivoire, la jeunesse est à la fois le moteur démographique et le thermomètre social du pays. Forte de plus de 70 % de la population, elle devrait être l’élément le plus dynamique de l’économie nationale. Mais la réalité est plus contrastée : chômage structurel, coût de la vie en hausse et perspectives parfois limitées poussent une partie de cette génération à choisir entre trois voies : se débrouiller, entreprendre ou partir.
Le poids invisible du chômage des jeunes
Officiellement, le chômage national avoisine 6 %. Mais pour les 18-35 ans, surtout en zone urbaine, il grimpe largement si l’on inclut le sous-emploi et la précarité.
Le diplôme, jadis sésame de l’emploi stable, n’offre plus de garantie. Dans les rues d’Abidjan, on croise autant de diplômés en économie conduisant des taxis que de jeunes informaticiens vendant des forfaits téléphoniques.
Un coût de la vie qui écrase les ambitions
Les loyers flambent, le prix du riz, de l’huile et du carburant ne cesse d’augmenter. Pour beaucoup, la fin du mois commence le 10.
Conséquence : les jeunes ménages retardent leurs projets de mariage, d’investissement ou même de formation continue.
Trois voies pour survivre et avancer
La débrouillardise
Le secteur informel absorbe la majorité des jeunes sans emploi stable : commerce de rue, petits services, moto-taxi. Cette économie de survie permet de vivre au jour le jour, mais rarement d’épargner.
Portrait – Salif, 27 ans, vendeur ambulant
« Je voulais être mécanicien, mais l’atelier n’a pas tenu. Je vends maintenant des accessoires téléphoniques au Plateau. C’est dur, mais je me débrouille pour envoyer un peu d’argent au village. »
L’entrepreneuriat
Beaucoup se lancent dans la restauration rapide, le numérique ou l’agroalimentaire. Mais entre l’accès difficile au financement, la concurrence informelle et les charges fiscales, la survie de l’entreprise tient souvent à la créativité de son fondateur.
Portrait – Aïcha, 30 ans, créatrice de jus naturels
« J’ai commencé avec 50 000 F CFA dans ma cuisine. Aujourd’hui, je livre à des supermarchés, mais si je veux grandir, il me faut un prêt. Et les banques ne croient pas aux jeunes. »
L’exil
Partir, légalement ou clandestinement, reste un rêve puissant. L’Europe, le Canada et les pays du Golfe attirent, malgré les dangers. Les réseaux sociaux amplifient les histoires de réussite, masquant les drames.
Portrait – Kevin, 25 ans, en attente de visa
« Ici, même avec un diplôme, je n’arrive pas à décrocher un poste stable. Je veux tenter ma chance au Québec. Je sais que ce ne sera pas facile, mais je préfère essayer que rester bloqué. »
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_Encadré statistique – Jeunesse ivoirienne en chiffres
Population âgée de moins de 35 ans : 70 %
Chômage officiel : ~6 % (réel pour les jeunes estimé à 15-20 %)
Part de l’économie informelle : environ 80 % des emplois
Coût moyen d’un loyer en zone urbaine : +35 % en 5 ans
Prix du riz importé : +22 % sur les deux dernières années
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Risques pour l’avenir
- Explosion sociale si les frustrations s’accumulent.
- Perte de talents par la fuite des cerveaux.
- Affaiblissement du tissu familial si la dépendance économique se prolonge.
Opportunités à saisir
Investir massivement dans la formation technique et professionnelle adaptée au marché.
Soutenir l’entrepreneuriat jeune par des crédits souples et un accompagnement réel.
Encourager les coopératives et réseaux d’entraide pour mutualiser les moyens.
Conclusion – L’urgence d’une politique générationnelle
La jeunesse ivoirienne n’a pas seulement besoin d’emplois : elle a besoin de perspectives claires et d’un environnement où travailler paie.
Bien accompagnée, elle peut devenir le levier de l’émergence annoncée. Sinon, elle risque de se transformer en bombe sociale, silencieuse mais redoutable.
« On ne construit pas un pays avec les seules mains de ses aînés. » – Proverbe adapté
Par Norbert KOBENAN
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