Prix garanti bord champ (campagne 2023-2024): Cacao 1000 Fcfa/Kg;  Café  900 Fcfa/Kg

lundi 24 juin 2024
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Dossier/ Traite des enfants dans l’agriculture… en Ci // 37 mille enfants touchés par le phénomène en Côte d’Ivoire

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Dossier/  Traite  des enfants  dans l’agriculture… en Ci //  37 mille enfants touchés par  le  phénomène   en Côte d’Ivoire

Le reportage « « Cacao : des enfants pris au piège » de France 2, vient toucher du doigt la réalité de la traite  des enfants  dans l’agriculture, le commerce et le transports en Côte d’Ivoire..   Dossier    Cela fait plus  d’une semaine  que l’information circule.  La diffusion  du reportage ou non  « Cacao : des enfants pris au piège », un reportage de France 2, réalisé  dans la zone de production cacaoyère ivoirienne,   continue de faire des vagues  dans le secteur du négoce international du cacao. Aux Etats unis  d’Amérique( Usa), où  l’on  trouve  de fortes communautés de consommateurs  de chocolat pur   fait à base de  cacao  bien fermenté, l’information relayée par l’équipe de reportage de France2 est très prise au sérieux dans  ces communautés en question aux Usa. Pendant qu’en Côte d’Ivoire, l’exécutif,  les services du Conseil du café-cacao( Ccc) et les experts du Comité National de surveillance des actions de lutte contre la traite, l’exploitation et le travail des enfants (Cns), n’ont  pas encore produit la moindre réaction pour apporter   un  démenti  aux allégations contenu dans  ce reportage disponible sur  Youtube.   Pour le peu  que nous avons pu suivre   sur les réseaux  sociaux  et  les nouveaux  médias,  l’on  se retrouve dès l’entame  du film  dans un salon   d’exposition  des produits  à base  de fèves de cacao ; principalement  le chocolat.    Industriels chocolatiers,  commerçants, artisans chocolatiers et    consommateurs  de bon chocolat. Bref, chacun y trouve son compte.  Puis, l’on se retrouve dans une  petite  salle,  où une  Ong dont le nom  n’est pas indiqué,  à travers  une dame  est  en train  d’entretenir une    assistance  composée d’enfants,  d’hommes et de  femmes apparemment des  férus de bon crus de chocolat sur les pires formes du travail des enfants  dans l’agriculture. Précisément dans la cacaoculture.   Juchée sur un podium,  on entend la jeune dame dire : «  Si vous avez  mangé du cacao  dans ces 20 dernières années, vous avez mangé  du travail des enfants  de l’esclavage qui travaillent dans les pires formes du travail des enfants,  C’est-à-dire  des produits chimiques  très dangereux, les machettes et  des poids très lourds » . Puis cap, sur la Côte d’Ivoire, puis  de l’Afrique de l’Ouest où l’on produit 40% de la production mondiale.  Direction, l’extrême ouest  de la Côte d’Ivoire, où dans la forêt classée du Gouindebe(  Guiglo) , où  en principe il est interdit de produit  de cultiver du cacao. Mais,     comme  dans un No man’s  land,   est produits 40% du cacao ivoirien.   En chemin, l’équipe de reportage tombe sur  des enfants dans une plantation de cacaoyer où des  garnements parlant Moré( langue du Burkina Faso), atomiseurs au dos , en  pleine application de produits phytosanitaires dans un champs  de cacaoyer :Ce fameux produits s’appelle «  tête rouge » ; à cause  de  la  couleur  du bouchon de la boite  de l’herbicide en question. Le confrère, demande aux enfants  s’ils connaissent  réellement  ce fameux produit.   Le  reporter  va même jusqu’ à leur  exhiber un  dépliant    en leur posant  des  questions  sur  le “glyphosate”  : «  Un herbicide dangereux probablement cancérogène  selon l’Organisation mondiale de la Santé( Oms) et très  agressif  pour la forêt(…) »   Ce que ne savait pas certainement ces enfants  qui selon  le commentateur  sont très jeunes. « Convoyés par car depuis le Burkina Faso,‘ces enfants  esclaves’ qui coûtent environ 200 mille Fcfa  et cela fait  plus de deux ans  qu’ils  n’ont pas encore revu leurs parents(…) »   Dans  son aventure et sur une piste très dégradée, l’équipe   de reportage en question tombe sur un barrage des dozo,( chasseurs traditionnels    malinké ) « disent  faire  le travail de la police  régalienne  absente ». A eux, il faut payer  des droits avant de passer. Mais comment  ces enfants  ont pu franchir les frontières ivoiriennes d’avec  le Burkina Faso ? En  Côte d’Ivoire  l’exploitation des enfants  interdite. Mieux,   tout contrevenant est passible de sanctions sévères ( Voir encadré).« Cacao : des enfants pris au piège » : Un reportage qui touche du doigt certaines réalités   de l’économie cacaoyère  Mais qui avait intérêt à ce que  ce   reportage ne soit pas vu par  les téléspectateurs  de l’espace francophone ?   Les  grands négociants  comme Cargill (cité nommément. ) qui achète du cacao  pour le revendre à toutes les grandes marques  de chocolats  au monde ?   Y a-t-il d’autres mains invisibles   qui achètent le cacao sortie de  la forêt classée du Guoindébé ? Le  Burkina  Faso  dont  les ressortissants  résidents  en Côte d’Ivoire   travaillent   dans la zone forestière ouest ivoirienne soit  comme ouvriers agricoles soit   exploitants  en propre  de grandes superficies de cacaoyers   a - t-il un intérêt  à faire censurer  la diffusion « Cacao : des enfants pris au piège »? Nous n’en savons rien. Le reportage en question  nous apprend  aussi   que  des ressortissants  de la   communauté  indexée  « vendent leurs enfants pour travailler dans les plantations  de cacao en Côte d'Ivoire sont mûs par la pauvreté ». Ce  grand reportage a le mérite  de  montrer   aux autorités ivoiriennes  que malgré tout,  nos frontières restent perméables. Malgré  des efforts   inestimables pour lutter contre les pires formes de travail des enfants, en Côte d’Ivoire  avec un accent particulier sur la sensibilisation  des parents à scolariser les enfants, du  chemin reste à parcourir. Pour  venir à bout  d’un phénomène  qui  a  la peau dure.  A force  d’arguments, la Côte d’Ivoire  à travers  des  experts ivoiriens ont, il y a quelques années, fini  par faire comprendre  à des  détracteurs de la Côte  d’Ivoire   que même si les pires formes de travail des  enfants  existent  dans l’agriculture  et qu’il  faut lutter contre, «  l’exploitation  des petits  esclaves dans la cacaoculture ivoirienne »   n’existe pas. Il faut réactiver les canaux pour réaffirmer cela. ( Voir encadré 2)En attendant de trouver une réponse précise aux questionnements  indiqués plus haut, il est bon d’indiqué que  par an, l’industrie chocolatière vend en moyenne par an,   100 milliards de dollars soit   plus de 50 mille milliards de Fcfa de chocolat par an. Là où le planteur ne gagne qu’un euro soit  environ 655Fcfa  par jour. Rappelons qu’il y a de cela environ deux ans, une chaine française avec le soutien  d’une Ong opérant dans la protection de l’environnement a  produit un grand documentaire  sur la cacaoculture et la déforestation.  Le rapport  publié en septembre 2017  par   l’Ong internationale « Mighty earth »  intitulé « La déforestation amère du chocolat » Ledit rapport  accablait  les sociétés du secteur du chocolat d’être à la base de la déforestation en Côte d’Ivoire, mais aussi au Ghana, deux importants producteurs du cacao dans le monde.  Selon sa directrice et de campagne, Etelle Higonnet, qui a bénéficié de la collaboration du coordonnateur du Regroupement des acteurs ivoiriens des droits humains (Raidh) lors de la conférence, de nombreux parcs nationaux et d’aires protégées du pays ont été défrichés au profit de la cacaoculture était arrivé à la conclusion que :  « Le  cacao est la première cause de la déforestation en Côte d’Ivoire. De 1990 à 2015, ce sont 85% de la forêt qui ont disparu » En pleine crise du  cacao, les chocolatiers ont récolté plus  de 1750 milliards de Fcfa. De l’avis  d’un expert, «  la grave zone de turbulences n’a pas été vécue de la même façon par les différents acteurs de la filière. Ainsi, entre 2015 et 2017, le prix moyen de la barre de chocolat est passé de 14,22 dollars,( soit plus de  7110 Fcfa) à  14,75  dollars( 7375 Fcfa)tandis que le prix du kilo de fèves de cacao payé au producteur a chuté en moyenne de 3,20 dollars ( soit plus   1600Fcfa  à  2,01 dollars, ( soit  1005Fcfa)  Cet écart a permis à l’industrie des produits du cacao et du chocolat d’engranger 3,5 milliards, soit 1750 milliards de Fcfa » Aussi curieux que cela puisse paraître,   la diffusion ou non de ce reportage intervient au moment où les deux premiers producteurs africains de cacao : La Côte d’Ivoire sont en plein dans l’élaboration et le peaufinage  d’une stratégie commune de mise à marché de leur cacao dont les cours  ont subit depuis ces deux dernières campagne  une chute  d’environ 50% sur le marché mondial.  Bamba Mafoumgbé,Cette adresse courriel est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.  Légende photo :   La place des enfants  ne se trouve pas dans les plantations  de cacaoyers.  Pour le droit à l’image prière barrer le visage des enfants)
 Encadré1 : Ce que dit la loi sur la pratique de  la traite des enfants Mais c’est quoi au juste la   traite des personnes ?      M.  Sigui  Mokié Hyacinthe, alors  Administrateur national de Programme au Bureau International du Travail ( Bit/Ipec)( il travaille désormais à l'Unicef)  nous apprend  que    l'article 21 de la loi n°2010-272 du 30 Septembre 2010 portant interdiction de traite et des pires formes de travail des enfants "quiconque se livre à la traite d'enfants telle que définie par la loi est puni d'un emprisonnement de dix à vingt ans et d'une amende de 5 millions de Fcfa  à 20  millions de  Fcfa. Peuvent être poursuivis selon l'article 18 de la même loi,  pour traite d'enfants les prétendus père et mère et les représentants légaux qui voyagent avec un enfant sans être capables de prouver leur parenté par un document légal. Il en sera de même pour tout autre adulte qui voyage avec un enfant sans une autorisation expresse dûment authentifiée par les père et mère ou une autorisation judiciaire ou de l'autorité administrative. Et  l'article 22 poursuit : « Est puni d'un emprisonnement de vingt ans, quiconque se livre à la traite d'enfants commise dans l'une des circonstances suivantes: la victime est âgée de moins de quatorze ans au moment de la commission des faits; l'acte a été commis par fraude ou violences, par usage de fausse qualité, faux titres, ou des documents falsifiés ou altérés, ou de fausses autorisations ». Voilà qui est clair. Et pourtant….. L’épandage des produits chimique, l’abattage  des arbres comme tache quotidiennes des enfants. Les tâches effectuées par les enfants sont une véritable source d’inquiétude.  A titre d’exemple, on note que 18,2% participe à l’épandage de produit chimique, 23,9% prenne part à l’abattage des arbres, 40,8% au brûlage des champs, 83,2% au nettoyage des champs, 12% à la fabrication du charbon de bois, etc. La répartition des enfants économiquement occupés par secteur indique l’agriculture (55,5%), les activités domestiques (23%) et le commerce (14%) sont les trois principaux employeurs d’enfants âgés de 5 à 17 ans. Par ailleurs,  le  travail forcé devient préoccupant lorsqu’ on met en avant la proportion du travail forcé agricole dans le travail forcé. En effet, 22,3% du travail forcé des enfants est dédié au seul secteur agricole et  est particulièrement marqué en milieu rural. Dans ce milieu, 17 085 enfants travaillant dans l’agriculture font un travail forcé sur un total de 31 040, soit 55%. L’environnement dans lequel se déroule cette activité (inaccessible au public et loin des yeux indiscrets) pourrait expliquer cette situation.  Il est à noter  que  la  majorité des enfants victimes de traite dans l’agriculture sont employés comme des aides familiaux (64,4%) et ensuite seulement comme des employés (35,6%). B. M.
 Encadré 2 : Plus de 37 mille enfants touchés par le  phénomène  Des  études  indiquent  «  qu’en Côte d’ivoire,  près de 9 000 enfants seraient victimes de traite en Côte d'Ivoire et 37 359 seraient contraints à travailler »  Et pourtant  en  Côte d’Ivoire,  la traite des personnes et  les  pires formes de travail des enfants  sont interdites   conformément  à  l'article 21 de la loi n°2010-272 du 30 Septembre 2010.  Mais c’est quoi la traite et travail  des enfants ?  Selon    M.  Sigui  Mokié Hyacinthe, alors  Administrateur national de Programme au Bureau international du travail ( Bit/Ipec) , « la traite est  le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou à d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiement ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation »  Aussi,  notre expert qui est désormais  en fonction  à l’Organisation des nations unies  pour l’enfance( Unicef)  ajoute  que «  si  la traite   se fait dans le pays, on parle de traite interne,  mais si c'est entre deux pays, on parle de traite transfrontalière.  Les victimes de traite seraient amenées par des pisteurs, souvent les employeurs eux- mêmes ou des réseaux de placement ». Malgré les efforts des  Organisations non gouvernementale( Ong) et  des  départements ministériels dédiés à la Femme, l’Enfant et à la protection sociale, depuis  les années  2000  marquées  par la prise de la loi N° 2010- 272 du 30 septembre 2010, le phénomène persiste. On peut même dire sans se tromper que les pratiques en  question  ont la peau dure et qu’elles ont   de beau jour devant elles.   De l’agriculture, en passant par  les   transports au commerce,  pour ne citer  que ces trois secteurs, disons qu’ils   sont tous  minés par     le phénomène.  Dans  l’agriculture où la lutte semble la plus accentuée notamment  la filière café et cacao,  de gros intérêts sont en jeu( voir encadré2). Les résultats d’une enquête nationale réalisée par l’Institut national de la statistique  avec le soutien technique  et le   financement  du  Bit,  sur la situation de l’emploi et du travail des enfants( Ensete2013) dont le rapport final a été publié en 2014,donnent une idée de l’ampleur  de cette exploitation des enfants.  Le rapport en question dit très  clairement que : « En Côte d’Ivoire, ce sont plus d’un enfant sur quatre (28,2%) âgés de 5 à 17 ans qui sont économiquement occupés. L’activité économique des enfants prend une ampleur considérable avec l’accroissement de l’âge : 20,9% chez les 5-13 ans et 48,1% chez les 14-17 ans.   Les mêmes sources ajoutent   que  près  d’un enfant sur cinq (18%) âgés de 5 à 17 ans est « inoccupé », en ce sens qu’il n’est ni scolarisé ni enrôlé dans les activités économiques. Deux secteurs d’activité abritent l’essentiel du travail des enfants : le secteur agricole (53,4%) et le secteur des services (35,6%).  1 424 996 enfants sont concernés par le travail des enfants à abolir, soit sept enfants sur dix économiquement occupés et un enfant sur cinq âgé de 5 à 17 ans. Parmi ces enfants astreints à un travail à abolir, 64,3% le sont dans le cadre familial, en qualité d’aides familiaux. Et dans quatre cas sur dix, le travail à abolir est effectivement dangereux. En effet, sur les 1.424.996 enfants âgés de 5 à 17 ans qui sont astreints à un travail à abolir, 539.177 sont impliqués dans un travail dangereux, soit 37,8%. La Côte d’ivoire dont le succès continue de reposer essentiellement  sur l’agriculture,  près 57ans après son accession à l’indépendance, il  nous revient que   la situation reste    préoccupante  en terme de travail des enfants à abolir. Il convient de noter également que    près  de 50% du travail dangereux reste imputable à l’agriculture. Par ailleurs, le travail dangereux affecte  27,5% du travail à abolir des enfants dans l’agriculture  notamment  dans la cacaoculture qui fait vivre en Côte d’Ivoire, plus  de  7.000.000 de personnes , « sur les 1 622 140 enfants astreints à un travail à abolir, 912 642 sont dans l’agriculture, soit 56,3%. Lorsque les enfants sont occupés dans les activités agricoles, dans la majorité des cas ils le sont dans un travail à abolir. En effet, 74,2% des enfants travailleurs dans l’agriculture sont dans un travail interdit. En majorité, l’occupation économique des enfants dans l’agriculture est occasionnelle. Si l’on agrège ceux qui font un travail occasionnel et ceux qui sont dans des emplois saisonnier et temporaire, cela fait 66% qui ne sont pas dans un emploi permanent »  ajoute  la source indiqué plus haut.  Ce qui a  amené   les auteurs dudit rapport  à conclure  que «  le travail des enfants dans l’agriculture affecte négativement leur scolarité, particulièrement pour les filles plus âgées. En effet, 65% des enfants âgés de 5 à 13 ans sont scolarisés contre 34% pour ceux âgés de 14 à 17 ans. La désagrégation des enfants effectuant un travail à abolir agricole selon la nature de l’activité indique que ceux –ci pratiquent la culture de céréales (57,5%); 17% étant impliqués dans la culture de cacao » B. Mafoumgbé       

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