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dimanche 9 août 2020
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Reportage/Université Fhb, 8 ans après sa réhabilitation// Dans la fournaise qui étouffe étudiants et enseignants…

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Reportage/Université Fhb, 8 ans après sa réhabilitation//   Dans la fournaise qui étouffe étudiants et enseignants…

Si sa restauration et réhabilitation ont permis de mettre de l’ordre dans le cadre bâti du campus universitaire Felix Houphouët Boigny de Cocody, le couvert végétal a été négativement touché. Ce qui n’est pas sans conséquence dommageable sur le quotidien des étudiants et les enseignants. Reportage….

Jeudi 17 octobre 2019, 10 h. Au portail sud du campus de l’Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody. Les vigiles qui sont de faction, contrôlent comme ils peuvent l’entrée. Tous ceux qui entrent doivent montrer pattes blanches. Nous sommes en route, pour répondre à un rendez-vous pris quelques jours avant, avec un enseignant de l’Unité de formation et de recherche en Langue, littérature et civilisation, (Llc). Ce rendez-vous est d’ailleurs pour 12h. Les rayons du soleil nous frappent le visage à cette heure de la journée. En chemin nous constatons, le grand changement intervenu au niveau de l’environnement à la faveur de la réhabilitation intervenue juste après la fin de la crise postélectorale de 2011. La pelouse verdoyante replantée et des fleurs dégagent un parfum qui rend supportable la grande chaleur qu’il fait sur le campus universitaire Fhb de Cocody. A perte de vue, un vaste espace gazonné sans le moindre arbuste. Au niveau du Campus 2000, notre attention est attirée par une forte concentration de jeunes, tenant en mains, livres, cahiers et crayon à papier sous les palmiers. Renseignement pris, il s’agit d’étudiants en pleine révision. Ce, sous une vaste palmeraie qui ressemble bien à un champ, fraichement nettoyé à la machette. Cette palmeraie bien entretenue par le passé, a donné son nom d’ailleurs aux restaurants universitaires appelés «Le palmier». Une sorte d’abri en forme de case rustique et couverte de pailles. Malgré l’usure du temps, certaines cases résistent encore aux intempéries et des tenancières y proposent des plats pas vraiment à la portée de la bourse de tous les étudiants dont la plupart ne sont pas des boursiers. En dépit du souvenir que cela rappelle, nous revenons au sujet qui suscite notre curiosité : La forte présence de ces ‘essaimes’ d’étudiants qui, assis autour d’une table ou carrément à même le sol frais, viennent ici, non seulement pour profiter de l’air frais, mais aussi cogiter. Il se dit que c’est l’un des rares endroits bien ombragés qui semble propice à la concentration après la réhabilitation de l’université Félix Houphouët-Boigny début 2012. Alors que nous sifflotons une bouteille de soda, nous prenons soin d’approcher un groupe d’étudiants, certainement du Département d’espagnol. Au nombre de ceux-ci, Mlle Bian Lou Patricia, étudiante en troisième année de Licence au Département d’Espagnol. «Par rapport au cadre, on dirait que ça serrait mieux si le cadre du palmier était assainie. Nous constatons que les arbres manquent sur le Campus. Ici, ce n’est pas propre, mais nous faisons avec. Car là-bas au Département, nous n’avons pas assez de salles d’études. Nous préférons venir ici pour réviser dans la quiétude », lance-t-elle d’une voix timide. Idem pour Yao Nguessan Lima, étudiant en troisième année de Licence. Ce dernier, les yeux rivés sur une page d’un cahier qu’il tient en main, ajoute : « Sur le campus, nous n’avons plus d’espace vert boisé. C’est donc ici que nous convergeons tous. Il faut continuer de planter des arbres, pour remplacer les arbres qui ont été abattus à la faveur de la réhabilitation. Tous ceux que vous voyez là sont à la recherche d’un arbre pour s’abriter et étudier (…) ». Juste à côté, Mlle Coulibaly Assetou, étudiante en Licence 3 de Sciences physiques, 23 ans environs, arborant fièrement des lunettes d’intello, plongée dans ses cahiers, tente de nous répondre. A la question de savoir pourquoi elle se retrouve ici sous les palmiers pour étudier elle n rajoute. «C’est, dit-elle, l’un des rares sinon l’unique endroit du campus, qui est propice à la concentration et où il fait moins chaud ici. Nous somme à l’université Fhb de Cocody, il y a seulement trois ans. Mais, des grands frères nous ont rapporté que par le passé, il y avait beaucoup d’arbres sur le campus et il faisait moins chaud. Ce qui n’est pas le cas depuis sa réhabilitation. Nous avons aussi appris qu’à la faculté de Médecine, le bois qui s’y trouvait a été détruit. Il fait très chaud et nous n’avons pas assez de salles d’études. Donc, venir là pour étudier est mieux, même si le cadre n’est pas très salubre, ont fait avec». Il est 11h, il faut faire vite, pour ne pas rater notre rendez-vous. Nous voici devant le Forum ; un autre site mythique de l’Université Fhb de Cocody. Il grouille de monde. Tout autour dans un vacarme indescriptible, des étudiants assis sur des tables-bancs de fortune, revisitent des enseignements reçus précédemment. Il est 11h 30. Nous ne sommes pas loin de notre lieu de rendez-vous. Il fait de plus en plus chaud et la soif nous tenaille. Quelques pas et encore quelques pas. Nous voici à l’ex- Flash. Entre le Centre de recherche en communication,( Cercom) en passant par l’Institut de géographie tropical ( Igt), nous tombons sur une touffe de gros arbres et d’arbustes qui ont échappé aux tronçonneuses. Heureusement ! Après un petit temps de répit, nous frappons à la porte du bureau du Docteur Yao N. Il n’est pas là. Avec un pincement au cœur, nous décidons de revenir très prochainement rencontrer notre maître.

 

Des anciens étudiants nostalgiques..

 

Il est 12 h 15, tenaillé par la soif et la grande chaleur, nous décidons de marquer une pause sur le parvis de la présidence de l’Université. Avec une vue panoramique, entre deux gorgées d’eau, nous suivons les mouvements des étudiants, enseignants et autres visiteurs qui vont et arrivent dans un désordre, bien harmonieux parfois perturbé par le passage des navettes fonctionnant à l’énergie solaire. Que ne fut notre surprise ! Les arbres cinquantenaires sous lesquels, nous prenions du bon temps, durant nos années universitaires ont disparu. Ici, des étudiants fuyant la grande chaleur, sont venus s’abriter aux pieds du bâtiment abritant la présidence de l’Université. A dire vrai, les travaux de réhabilitation ont ‘défloré’ l’environnement. I. B, ancien membre d’une structure estudiantine affiliée à l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture(Unesco) qui n’en revient pas est d’avis avec nous. «Dans le cadre de nos activités socio- culturelles en 1992, nous avons planté beaucoup d’arbres sur le campus Universitaire de Cocody en collaboration avec la Société de développement des forêts( Sodefor). L’Association internationale des étudiants en sciences économiques (Aiesec) en avait fait autant. C’est dommage que ces arbres que nous avons plantés et qui contribuaient à l’équilibre de l’écosystème aient été détruits. C’est avec des larmes aux yeux qu’en passant par là en 2012, j’ai constaté qu’ils n’étaient plus là… Pourtant derrière ces arbres- là, se cachaient une vie et l’histoire de toute une génération d’étudiants», se souvient-il. Comme nous l’indiquions plus haut, l’Université Fhb de Cocody a connu une réhabilitation lourde dans le cadre du Programme de réhabilitation des universités publiques de Côte d’Ivoire. Mais cette réhabilitation n’a pas donné tous les résultats escomptés, en dépit de son coût exorbitant estimé aux bas mots, à plus de 110 milliards Fcfa pour les cinq universités publiques. Florent Kouamé, Doctorant à l’Unité de formation et de recherche Littérature langues et civilisation( Llc), de la même université se souvient. «C’était une université où on alliait à la fois, modernisme et héritage biologique. Qui respectait véritablement la faune et la flore. Ce qui donnait un environnement très plaisant à l’Université de Cocody à l’époque. Nous avions de gros arbres dans les encablures du stade de l’université, à l’entrée de l’université et derrière les amphithéâtres, des Facultés de Droit, de Sciences économiques et de gestion. Sans oublier l’Ufr de Mathématiques et sciences informatiques. Il y avait véritablement une flore très originale. Nous imaginons qu’à Ufr Ssmt et en Cbg-chimie géologie, nous avons la physiologie végétale… On travaille avec des plantes. Il y a également la botanique. Il ne faut pas créer un environnement seulement qui soit propre(…) les autres espaces permanemment occupés sur lesquels les étudiants passent, tout a été dégagé ! ». Puis, contenant à peine sa colère et très nostalgique, Florent Kouamé poursuit. «Ils ont déshabillé tout. Ils ont détruit tous ces jardins originaux qu’on a trouvés comme ça naturellement et qu’il fallait préserver. Tout a été abattu à la faveur de la réhabilitation de l’université Fhb de Cocody. On n’a même pas essayé de créer des passages pour que ces arbres soient préservés. On pouvait détruire quelques arbres, mais pas tous. Qu’on entre par le portail du côté de l’Ecole nationale de police(Enp), que par le Chu de Cocody, on doit affronter un soleil de plomb. Même s’il y a les bus solaires (pas en grand nombre), mais pour la flopée d’étudiants qui rentre régulièrement sur le campus, c’est difficile. C’est vrai que le soleil est bon pour la santé, mais quelque fois, il est source de maladies. Quand on rentre dans cet espace universitaire, ces gros arbres et l’ombrage qui incitaient à s’abriter pour siroter du jus de fruit en lisant un livre ou deviser avec des amis, ont disparu. Bref, l’université de Fhb de Cocody, ce temple du savoir a perdu de sa superbe de bois sacré». Avis partagé par Kamagaté A. Un ancien étudiant de la Faculté des sciences avant 2007 et fraichement recruté dans le cadre de la Couverture Maladie universelle( Cmu). Il nous exhibe son contrat qu’il vient de signer. La trentaine révolue, il reconnait qu’il fait très chaud sur le campus que par le passé. Il note le grand changement au titre de l’environnement. «Depuis quelques jours, nous nous sommes rendus sur le campus, mais nous avons du mal à nous retrouver. Il y a eu la réhabilitation et la restauration certes, mais nous constations qu’il y a beaucoup de choses qui manquent. Le couvert végétal surtout», fait-il savoir avant de se rappeler. «Quand nous étions ici, il y avait beaucoup d’arbres et autres palmiers cinquantenaires qui offraient de l’ombre aux étudiants, se souvient-il. Ils ont été abattus. Nous ne savons pas trop pourquoi ? Nous avons l’impression que nous sommes dans une nouvelle université. Ce qui n’est pas le cas. Il nous revient que la petit forêt qui se trouvait du côté de la Fac de médecine a été détruite. Ceux qui ont fait la réhabilitation de l’Université auraient dû faire des aménagements et garder le reste à l’identique. Cela donnerait davantage tout son sens à l’appellation Temple du savoir à notre université avec son symbole, le Wambêlê qui est de retour sur le campus. ( voir encadré)». Un avis qui n’est pas tout à fait partagé par Gbapo, étudiant en fin de cycle de comptabilité dans une grande école de la place qui partage une chambre avec son ami à la Cité Campus 2000. Il trouve le cadre très agréable et tombe sous le charme du cadre universitaire après la vaste réhabilitation. « Il fait désormais beau sur le campus. Faites un tour du côté des palmiers. C’était devenu un véritable bazar de produits prohibés, de débits de boisson en tout genre. Le bois qu’on trouvait du côté de la Faculté de médecine était dit-on devenu des chambres de passe à ciel ouvert. C’est là-bas que les syndicalistes se donnaient rendez-vous pour aller se taillader à la machette », dit-il en s’épongeant le visage à cause de la chaleur. Pourquoi n’avoir pas copié ce qui se passe juste à côté, dans le périmètre de l’Ecole nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée, (Ensea) ? Logée dans un cadre verdoyant, sous des arbres régulièrement élagués. Mais que dit la Présidence de l’Université ? Nous avons approché le service communication de l’Université de Cocody. Qui nous a orientés vers le Secrétaire général de l’Université qui était en mission hors du pays lors de notre passage. Mais que dit le schéma directeur de l’université Fhb ? Nous ne pouvons en dire plus ! Si les travaux ont été supervisés par le Bureau national d’Etudes techniques et de développement( Bnetd), on aurait associer un cabinet d’architecte. Ce qui n’a vraiment pas été le cas. L’architecte Abdoulaye Dieng, le président du Conseil national de l’Ordre des architectes de Côte d’Ivoire(Cnoa.ci ) tranche. «A notre connaissance, il n’y a pas eu de cabinet d’architectes ivoiriens associés à cette rénovation. Voyez plutôt avec le Bnetd(…) », coupe-t-il. L’université Félix-Houphouët-Boigny est établie dans un campus de 200 hectares situé au cœur de la commune de Cocody. Cette université fut, dans les années 70 et 80, réputée en Afrique de l'Ouest francophone pour ses nombreuses facultés. Fermée après la crise postélectorale, elle a fait l'objet d'une réhabilitation pour rouvrir ses portes en septembre 2012. Elle est toutefois accusée d'être mal gérée. Elle manque cruellement de matériel, de locaux, et n'est plus entretenue depuis son inauguration, menant ainsi ses installations vers un état de dégradation prématurée.

 

Bamba Mafoumgbé, ( In le Temps du 23 octobre 19)

 

Légende photo : Ici des étudiants de l’Université Fhb en pleine concentration sous les palmiers(voir photo dans yacou, sekou, Kpassou

 

Encadré :

 

Wambêlê, le grand masque, est de retour sans son ‘bois sacré’

 

Provenant du pays Sénoufo, situé au nord de la Côte d’Ivoire, le Wambêlê est un masque biface qui renferme plusieurs mystères. C’est le symbole de l’université Fhb de Cocody. Supposé violent par certaines langues et des pasteurs, la statue de Wambêlê qui trônait dans les années 1990 à l’entrée du parking de la présidence de l’université, avait été déboulonnée. Son esprit selon des sources « était pour quelque chose dans la violence qui secouait le monde universitaire». Pour eux, «il et l’incarnation du diable et du fétichisme». Le Wambêlê appelé communément « Wanioug» est l’un des grands masques du peuple Sénoufo. Ce masque spécial et mystérieux est composé de deux faces opposées (biface) faisant sortir de la fumée. Les significations données par les sages sur cette formation de la tête sont diverses. Pour certains, il signifie : le bien qui affronte le mal. Pour d’autres, le passé et le présent constituent l’avenir d’un individu. Aussi spécial que mystérieux, porté par un initié du Poro, ce masque apparaît, le plus souvent, dans les cérémonies funéraires et les occasions spéciales. En effet, le Poro est une société secrète d’initiation des jeunes garçons d’une durée 90 jours dans la forêt sacrée. Au cours de son apparition, seuls les initiés de cette société et les sages peuvent assister à ses prestations. Cependant, sa vue, ses prestations sont strictement interdites aux femmes (sauf les vielles) sous peine de stérilité, ménopause précoce ou la mort. Le Wambêlê est aussi un masque protecteur. Il est rattaché à un génie protecteur qui préserve celui qui le consulte du sort, du mauvais œil, de la sorcellerie. Mais quand il se sent pris au piège (défié), il peut lancer des sorts, de la foudre et même tuer l’individu qui viole ses interdits. Particulier, il est différent des autres masques Sénoufo. Cependant, avec la modernité, aujourd’hui, le mystère autour du Wambêlê et du Poro existe-t-il toujours ? Après une décennie d’absence, Wambêlê est de retour depuis 2012, dans ‘le Temple du savoir’ de Cocody. Mais pas sous ses gros arbres ; sorte de bois sacré qui a été aussi tué…

 

B. Mafoumgbé

Légende photo : La statue du Wambêlê à l’entrée du parking de la présidence de l’Université Fhb de Cocody( In Le Temps du 23 octobre 2019)

 

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